Des Ailes et des Plumes n°1 - Au-dessus des tranchées de 14

Bonsoir les aviateurs ! Chaque dimanche soir, Des Ailes et des Plumes vous donne à lire ou relire un morceau de littérature aéronautique, vous offre une immersion dans la grande épopée de l'aviation et vous partage enfin quelques bonnes nouvelles du monde de l'aéronautique.

Des Ailes et des Plumes
3 min ⋅ 07/09/2025

Au-dessus des tranchées de 14

Envolons-nous grâce à L'équipage de Joseph Kessel qui fût enrôlé dans l'aviation française pendant la Grande Guerre. Il s'agit du premier grand succès de l'écrivain qui, au passage, fait entrer l'aviation dans la grande littérature dès 1923.

“Neuville n’avait pu virer pour prendre de la hauteur. A peine séparé de la terre, il avait eu le goût fade du brouillard sur les lèvres. Tout de suite, le pare-brise fut couvert d’une buée si épaisse que, pour se diriger vaguement, il dut le baisser. Le vent qui flagellait son front dispersait parfois la brume en nuées fines et les pourchassait comme un troupeau de cavales. Alors Neuville apercevait en bas des plaques vertes ou grises que le rideau laiteux recouvrait vite.

Il remonta son passe-montagne jusqu’au nez, baissa son casque jusqu’aux sourcils et pensa tout à coup:

“Je dois avoir une belle figure de lâche sous ce masque.”

Il avait peur, mortellement peur. Tous ses camarades le croyaient intrépide; seul, il savait combien sa chair était accessible à l’épouvante.

Elle vivait à ses côtés perpétuellement. Il ne pouvait monter en avion sans angoisse, ni même songer à un vol sans que son cœur ne devînt plus lourd et plus lent à battre.

Mais n’admettant point qu’un homme de sa lignée et de son élégance pût vivre dans la boue des boyaux et des sapes, il avait demandé cet emploi de pilote, dangereux entre tous, et dont son orgueil le poussait encore à accroître les risques. La lutte poignante qu’il soutenait sans cesse contre son effroi lui avait façonné ce visage pétrifié qui écartait de lui toute amitié.

Les doigts crispés sur le gouvernail de profondeur, il allait droit vers les lignes. Il écoutait le moteur avec une attention nerveuse, hanté par l’idée qu’une panne était un arrêt de mort, car il faudrait atterrir au hasard et dans l’espace d’un instant. Aux approches de l’Aisne le brouillard se fit plus dense, plus bas, comme pressé contre le sol où affleurait le dessin pâle des tranchées.”

Avec quelle angoisse devaient composer les aviateurs au-dessus des tranchées de 14… Nous sommes encore au balbutiement de l’aviation. Avec L’Equipage, Joseph Kessel plonge dans sa propre expérience de pilote pendant la Première Guerre Mondiale. Il raconte la vie d’un équipage d’aviateurs, à savoir le pilote et l’observateur. C’est un récit sur la fraternité et le courage mais aussi sur la conquête des premiers exploits aériens, avec en parallèle la conquête du cœur d’une femme.


Les grandes heures de l’aviation

Avec les As de la Grande Guerre

Ce que raconte Joseph Kessel dans L’équipage, ce sont les premières grandes pages de l’aviation militaire. Au départ, point de combats aériens. L’aviation, ce sont d’abord les yeux de l’armée.

L’officier, ce n’est pas le pilote mais l’observateur. Celui-ci ne touche pas aux commandes de l’avion. Son boulot, c’est de la reconnaissance, de l’observation et des relevés de tirs d’artillerie. L’objectif: indiquer aux troupes au sol les positions ennemies et donner aux artilleurs les données permettant d’ajuster leurs tirs. La donne ne change qu’à la fin de l’été 1915, un peu plus d’un an après le début du conflit. Les avions finissent par être considérés comme de véritables armes de guerre. De petits bombardiers font leur apparition. Peu manœuvrables, il faut penser à les protéger par des chasseurs capables de les escorter.

Les combats sont encore rares et les victoires incertaines. Certains tentaient de tirer avec des révolvers ou des carabines mais à partir d’avions difficiles à stabiliser, il était rare que le coup touche sa cible. Chez les Français, ce sont Garros et Pégoud, les premiers qui obtiennent des victoires dès lors commentées sur tous les terrains d’aviation.

C’est le début de l’ère des As, une petite caste de pilotes audacieux et téméraires. Très vite, il se font appeler les chevaliers du Ciel. Au-dessus de la boucherie qui se joue dans les tranchées, le combat aérien s’apparente aux duels des anciens temps. Ces combats sont évidemment loin d’être des parties de plaisir mais ils révèlent des valeurs de noblesse dans les deux camps. Au sol, les soldats applaudissent les prouesses de ces premiers pilotes de chasse.

En Allemagne, le Baron Rouge, Manfred von Richtofen devient une idole. En France, ce sont Guynemer ou Fonck, la Cigogne blanche, qui font les gros titres. Les années 1917 et 1918 sont l’apogée de ce temps des As. A bord de leurs biplans ou triplans, ils sont comparés à des oiseaux de proie. La chasse aérienne devient ainsi une composante majeure des conflits armés. Elle l’est encore aujourd’hui.


Les bonnes ondes de l’aéronautique

Airbus, le grand succès

C’était la grande nouvelle d’il y a quelques jours ! Airbus détrône Boeing avec son A320 qui dépasse désormais le 737 de Boeing, alors même qu’il était parti avec vingt ans de retard. Une démonstration de la force de la coopération européenne dans le domaine de l’aviation commerciale.

Safran choisit la France et la Région Auvergne-Rhône-Alpes

Le Canada ou les Etats-Unis auraient pu obtenir une nouvelle usine du fleuron industriel Safran. Le groupe fait finalement le choix de la France, de l’Ain, en l’occurrence, en région Auvergne-Rhône-Alpes, pour implanter son usine de production de freins carbone. Un investissement de 450 millions d’euros et la création de 250 emplois d’ici à 2036. Un choix important en matière de souveraineté et de réindustrialisation pour notre pays. De quoi renforcer le statut de grande région de l’aéronautique pour Auvergne-Rhône-Alpes qui, au passage accueille six sites régionaux du groupe Safran. Cette nouvelle usine de disques de freins porte par ailleurs un objectif ambitieux de zéro émission dès son entrée en service prévue en 2030.

L’industrie repart et c’est grâce à l’aéronautique !

Selon l’Insee, la production française est repartie à la hausse, un bond de +3,5% en juin. Une performance due particulièrement à Airbus qui a livré 63 avions en juin ou encore Safran qui a largement accéléré la production de ses moteurs Leap, + 38% sur un an.

Des Ailes et des Plumes

Par Aymar de Chaunac

À propos de l’auteur Des Ailes et des Plumes …

Je suis Aymar de Chaunac et je suis plume et consultant en stratégie éditoriale pour les dirigeants et les entreprises du secteur de l’aéronautique et de la défense.

J’écris des livres, des discours, des tribunes, des post LinkedIn et des newsletters d’opinion.

Je suis également l’auteur d’émissions et chroniques sur l’Histoire, notamment aéronautique.

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Bonsoir les aviateurs ! Chaque dimanche soir, Des Ailes et des Plumes vous donne à lire ou relire un morceau de littérature aéronautique, vous offre une immersion dans l'histoire de l'aviation et vous partage enfin les bonnes nouvelles de la filière aéro. Prenez place ce soir aux côtés d'Elisa Deroche, la première femme brevetée pilote au monde.